ABDOU RAZAK : Mze-Madi .. Mon Père,.. mes Racines …

   ABDOU RAZAK Mze Madi

« INVITÉ DE LA SEMAINE » 19h30  

L’émission d’Ali Chamssidine, après le journal télévisé de Mayotte 1ere, Samedi, Dimanche et en boucle sur YouTube.

MON PÈRE , MES RACINES         

Héritier de l’histoire des sultans batailleurs , dont les chefs ne cessent de se faire la guerre afin de prendre le contrôle de “Djuzur al qamar”, l’archipel de la mort , du désastre et du malheur de l’indépendance des Comores. ,  je suis le fils d’ABDOU RAZAK Mze Madi , né à Pamandzi, originaire de Sandravoingue .

Ce quartier est né de deux soeurs venues de Sainte Marie , Bemba et Foufousy ANGALISSE , arrières grand mères d’ABDOU RAZAK MZE Madi .

Très tôt, dès son enfance ,  il a connu une rude sélection pour poursuivre des études après l’école  primaire, garçon dynamique poussé par le courage de ses parents et par l’intervention des notables qui défendent la jeunesse mahoraise , et plus particulièrement Zama Nahouda, à qui nous devons une profonde reconnaissance, pour imposer qu’une élite de jeunes mahorais soit admis au lycée Gallieni à Madagascar. 
Très vite ils  seront remarquablement brillants, et ses amis le  surnomme  « Ouragan » parmi la sélection nationale de football malgache .
En 1958, l’administration quitte Dzaoudzi (à Mayotte) pour Moroni (en Grande Comores) qui devient la capitale , Après le lycée, les jeunes mahorais seront respectivement missionné à leur 1er poste sur l’île d’Anjouan , où chacun prendra ses marques . Le 10 janvier 1962,  à Mutsamudu,  Abdou Razak et Zaitoune me faisaient naître. En 1965, les jeunes fonctionnaires seront mutés à Moroni pour rejoindre la nouvelle capitale .

Pour ma part , mon terrain de jeu se trouve à la capitale administrative des Comores de l’époque . J’habite à Badjanani, ensuite, Traleni et enfin à la coulée de laves ..

Tout jeune , à l’âge de 11 ans , je suis l’ombre de mon père qui occupe le poste de secrétaire général du Haut Commissariat de la République a Moroni quand Paris prépare l’indépendance des Comores, quand Pierre MESMER et Alain POHER prépare le référendum Iles par Iles . 

Ahmed Abdallah proclame l’indépendance des Comores et les mahorais doivent  choisir leur  nouvelle vie au moment du référendum.

Mon père et ses amis décident de s’établir à Mayotte avec ses frères et organisent leur départ . Ensemble, ils décident courageusement , sans choix ,  de composer les nouvelles institutions de Mayotte pour la rendre fonctionnelle .

Mon père occupe le premier poste d’administrateur au tribunal de Mamoudzou comme greffier en chef, alors qu’un de ses collègues médecin s’installe à Dzaoudzi , et que son ami, lui est élu préfet de Mayotte.

   Zaina M’DERE

Sur Mayotte , la vie s’organise grâce à ces hommes par une administration provisoire, mais à Moroni,  l’imbroglio politique franco comorien , les opinions divergentes entre coup d’etat et séparatisme compliquent la situation.

A cette époque , nous assistons à la naissance  du mouvement de Zaina M’déré et du  MPM (mouvement populaire mahorais),  très actif face aux  indépendantistes (serré la main) qui sont poussé à quitter  le pays pour rejoindre Ahamed Abdallah à Moroni.

La Maison de quartier de Sandravuangue

Entre temps, à Mayotte , la vie s’organise et mon père , surnommé “Ouragan” , s’installe dans son village natal , construit sa maison et un hangar , fabrique une pirogue de 9 mètres . Il pêche le soir et occupe son poste au tribunal le jour.  

Bon vivant , il aimait être entouré de ses amis  , chez lui à Sandravoingue , c’est la fête au village sous la petromax et les étoiles au rythme du m’godro ( bal poussière)  avec Colo Mangara à l’accordéon et le célèbre Langa au gaboussi. “A ses côtés , on se sentait aimé”.  

C’était un homme généreux et bientraitant pour son entourage et pour sa famille . C’était un homme discret en politique . mais sur ce qu’il avait subi aux Comores . il était soucieux de montrer un visage souriant , et se construire des souvenirs heureux.

« Les survivants sont rarement mélancoliques a dit son cousin Mahadali Guoulhamoussen alias Dali »

Inspiré par le modèle de mon père, je deviens passionné de la mer et de la pêche. Il me transmet ses savoirs, ses petits secrets de pêcheur professionnel, me raconte ses parties de pêches pour m’initier à la navigation et à la haute mer.

Je deviens expérimenté sur les traces de mon père. A tel point qu’il me confie des missions sanitaires avec sa pirogue.

Un matin ,  j’ai à peine 13 ans, et je dois aller chercher un malade a l’extrême sud de l’île, plus exactement à Mbouini, accompagné d’un de ses hommes ( Hodari) .  

A cette époque,  il existe un seul hôpital à Dzaoudzi, il n’y a pas encore de route, et  par la force des choses, je deviens aussi le 1er ambulancier, par voie maritime, en pirogue, pour rapatrier de nombreux malades, avec certains  qui ne survivront pas pendant le trajet .

Mordu de la mer, je passe toutes mes journées dans l’eau. Je sillonne le lagon et le littoral mahorais en planche à voile Je vais d’ailleurs  à l’école par ce même mode de transport.

Et il arrive un temps où il n’y a plus de possibilité de continuer ma scolarité sur Mayotte

  La mer : un moment de bonheur

Mon père décide alors de m’envoyer à l’île de la reunion, ou je ne resterais pas longtemp car les études  ne m’intéressent plus, pas  .

Mais il y a une anecdote que je dois raconter et qui a permis mon intégration à la Réunion. Quand je suis arrivé à la Réunion , mon père avait pris soin de me confier a une famille bourgeoise  indienne et musulmane. Pour moi c’était la découverte d’un nouveau monde avec un nouveau mode de vie .

Mais je devais faire face au racisme et un jour ou je  me trouvais à discuter avec les notables de Saint Denis ( un des fils RAVATE)  , un des aînés s’est permis de dire “les comoriens dehors”. J’avais à la main une glace que je venais d’acheter et mon sang n’a fait qu’un tour : je me suis propulsé et j’ai écrasé la glace sur le nez de celui qui avait trop parlé .

Je devais immédiatement trouver une solution de repli car je ne risquais plus de m’intégrer dans la communauté indienne de la Réunion car solidarité oblige , l’ensemble des sages se ligueraient forcément contre moi pour me donner une punition pour avoir osé braver la hiérarchie , la noblesse , le statut  . J’habitais une maison , au 75 rue Jean CHATEL , qui se trouvait à proximité du Commissariat Central et après avoir compris les conséquences irrévocables  de mon geste , je décidais de m’y rendre, de dire que j’étais majeur et que je souhaitais récupérer mon passeport qui se trouvait entre les mains de mon hébergeur.

La police a accédé à ma demande et je me suis vu livrer ma valise et mon passeport. Par chance , je trouvais une âme sensible qui a pu m’héberger le soir même de ma cavale et je commence mon intégration à l’île de la Réunion.  Le climat n’est pas facile .

J’intègre une colocation , rue Masagrand , 1er étage et je découvre la  Réunion à travers un groupe d’une vingtaine  d’amis du lycée,  réunionnais, issus de bonnes familles . Les journées se déroulent “bon enfant” , entre ambiances et fêtes; sorties , excursions , sport . Et je décide de gagner de l’argent .

Je retourne vers la famille indienne a qui je demande de bien vouloir m’accepter en tant que pompiste dans une de leur station essence à Saint Denis. Ceux ci profitent de mon jeune âge et de mon manque d’expérience et pensent pouvoir m’exploiter  

Je me rend compte de la situation rapidement. Et je mets une stratégie en place pour faire bénéficier mes amis de pleins d’essence sans avoir à régler pour nos vadrouilles du week end.  

Coté famille , je coupe momentanément les ponts pour pouvoir être complètement indépendant. Coté scolarité , le fait d’avoir pris contact avec la vie active , je décroche et je passe mon BAC que j’obtiens inextrémiste. J’intègre alors la Faculté de la rue de Paris à Saint Denis pour être admis dans l’école de journalisme.  

Mais au lieu d’assister aux cours , je livrais les journaux du JIR ( Journal de l’ile de la Réunion ) le matin , en associant une livraison de croissants à mes 1er  clients amis . J’ai pu grâce à cette stratégie acheter mon 1er appareil photos .J’ai pu ensuite associer livraison et prise de photos que je proposais et vendais dans les faits divers du JIR.

Au fil du temps , je suis devenu reporter du JIR, puis du Quotidien de l’île de la Réunion et le Magazine de l’Océan Indien avec Alain FOULON.

Mes vadrouilles entre amis me font aboutir à Saint Gilles , et plus précisément à l’ermitage. Je rencontre à cet endroit un ami de mon père ,Francis le breton,  qui le connaît pour avoir pêché avec.

Une confiance naît entre lui et moi . Il me surnomme “baba cool “ car j’avais toujours une écharpe autour du cou et une plume à l’oreille. Cette nouvelle amitié m’a permis dans un premier temps de pouvoir aller en boite de nuit et de pouvoir dormir sur les catamarans de Francis. Au fil du temps , je lui propose de fabriquer des sandwich et de lui transformer son container en restaurant que nous avons appelé “la bobine”.  

A cet endroit , j’ai commencé à organiser des régates de planches à voiles. Très vite , la bobine est devenue l’endroit huppé de Saint Gilles. Pour des raisons pratiques , j’ai déménagé à Saint Gilles jusqu’au jour où  j’ai décidé de revenir à Mayotte en 1986 car mon père était malade. J’habite à Sandravoingue.

Le jeudi 16 avril 1987 , mon père décède d’un cancer. Il était revenu de la Réunion après un Evasan . En fait , le Docteur KOETCHA et ami depuis le lycée Galliani, qui l’avait pris en charge à la Réunion, avait informé le Docteur Martial HENRY du mauvais état de santé de mon père et qu’il n’était pas en mesure de pouvoir le sauver .

Le docteur Martial m’a alors appelé pour m’annoncer la mauvaise nouvelle. J’ai passé la nuit avec mon père que la maladie avait changé . Il m’a transmis toutes les recommandations en matière d’héritage , de transmission des biens de famille.

A cette époque , j’étais  maquettiste et comme c’était un hebdomadaire qui sortait le vendredi , le jeudi était réservé au montage . Je suis donc parti travailler et vers  les 11h , j’avais quasiment fini le journal lorsqu’on m’a annoncé que mon père était parti.

J’ai alors organisé son enterrement. Il a été enterré avec tous les honneurs , en présence du Préfet de l’époque ( AKLI KIDDER)  et de nombreuses personnalités importantes  dans le  carré familial, au  cimetière musulman de la  famille de Sainte Marie.

Mon père laissait derrière lui sa femme , sa fille et ses 4 garçons. Une fille qui a longtemps cru que son père reviendrait, que jamais personne ne pourrait l’aimer autant que lui. 

A la création des institutions mahoraises à savoir les 17 communes  et le Conseil Général ,  je suis devenu le 1er reporter photographe ( labo – formation ) et le maquettiste  de l’époque en signant un contrat au Journal de Mayotte.

Dans le même temps , je travaille pour JANA NA LEO , qui était géré par Elisabeth CHESSIAL. Mais quand le journal de mayotte devient ADCCM (association pour le développement de la culture et de la communication),

Monsieur BAMANA m’intégre au Conseil Général en 1987,  et je deviens membre de son cabinet au titre de Chargé de Communication et Attaché de Presse.

Mais très vite pris de passion par les mouvements de femmes (les chatouilleuses), j’assiste  à tous les mouvements de foule.

Mon équipe au départ de l’aéroport de Pamandzi

Et une longue aventure commence, pour informer le Monde par la presse écrite. Je communique par l’hebdomadaire “le journal de Mayotte” puis par le quotidien “Mayotte matin”, mais également comme correspondant du “Magazine de l’Océan Indien”,  entre des allers et retours Mayotte / Comores.

Moments difficiles , ou je suis seul , livré à moi même , dans les rues désertées par ses habitants pour fuir la guérilla civile, les mapindouzes, l’embargo, la terreur…  

Malheur à celui qui est soupçonné car il est terrorisé, haletant, suppliant, pleurant, extrait de sa case par la soldatesque, roué de coup, des scènes de tortures sous les yeux de sa famille retenue dans sa pauvre maison.

Suite aux informations que j’ai transmises,  j’intègre une mission du Quai d’Orsey ou je guide des médecins recrutés , accompagné de Zaidou BAMANA pour un “cessez le feu”  à Anjouan.

Je profite du moment pour rendre hommage au Docteur Zaidou , excellent médecin , décédé en  2018 à l’hôpital de Mamoudzou.

Qu’il repose en paix ( FIRDAWSI).

Après le “cessez le feu”, a eu lieu les accords de Foumbouni et Mayotte a servi de base arrière aux séparatistes de l’île d’Anjouan.

Grâce a la lucidité et la diplomatie de Younoussa BAMANA , les institutions ont bel et bien fonctionné.

  Younassa BAMANA

Younassa BAMANA : un homme exemplaire , le MZE , comme j’avais coutume de l’appeler , un homme intègre , sans discrimination,  aucune.

Sa seule motivation : Mayotte et ses enfants , son développement et son avenir . Il s’en est allé   trop tôt à mon goût mais nous étions tous avertis par ses propres paroles, lors d’un discours , à la place du marché , à Jacques CHIRAC,

Président de la République  . 

“Vous verrez !!! …

Ils vont tous se battre, pour mon fauteuil !..

Construisez vite la prison de Majicavo , car nous allons en avoir besoin.”

C’est donc en avril 2004 , lors de la mise en place de la décentralisation , que ce dernier se retrouve soudainement abandonné par les siens ,par ses proches ,alors qu’il est prévu qu’il devienne le sénateur de Mayotte pour sa fin de carrière et long mandat politique pour accompagner les jeunes au processus de la départementalisation .

A ce moment là , je suis le premier à bénéficier de la formation des agents de la collectivité départementale et c’est à l’île de la Réunion que j’apprends par ma banque ma suspension de salaire par son successeur.

Je décide de rester travailler à l’ile de la Réunion sans poursuivre, avec assentiment du MZE. 10 ans après , à l’île de la Réunion ,en 2011 , après les évènements de la vie chère,  c’est Daniel ZAIDANI ,successeur de celui qui m’avait mis hors service ,qui m’a rappelé pour intégrer son équipe  par mon expérience.

Pendant cette période , j’ai été affecté au service de la communication ,le soutien scolaire . Autant d’actions qui eurent un franc succès par la réussite de cette jeunesse ,et ainsi la redynamisation du tissu économique du territoire.

Évidemment , pour des raisons politiques , je suis gentillement évincé quand Monsieur Zaidani est remercié de son poste de Président .

Et après , PCHITTTT, plus rien , que s’est il passé ?

La vie continue et comme toujours , selon mes habitudes et mon éducation , de toujours rendre visite à la famille ,mon quotidien ,régulièrement.

Jusqu’au jour où , ma tante ,Rassoua M’COLO , plus connue dans le quartier de Sandravoingue  “maman DJOU” , m’interpelle , d’un air sérieux et me demande de m’asseoir .

Elle me raconte l’histoire de son association : “les cocos club seniors”. Elle me demande de sauver l’association. Et c’est comme cela que je deviens le Président de l’association en 2016.

Atelier des aînés  

 

Transmission des savoirs aux jeunes générations

La souffrance des aînés : pensez vous que la politique actuelle aie changé des choses ? Il y a deux ans , nous mettions nos ainés à l’honneur  en mettant en place tous les dispositifs nécessaires en matière de droit commun . Aujourd’hui , c’est le désarroi de nos anciens ( parution Mayotte – Hebdo du  24/01/19 à 12:01 – Par Geoffroy Vauthier ) .

Face à cet égarement  politique et à défaut  de subvention   , nous luttons au quotidien contre l’isolement de nos adhérents , personnes âgées , handicapées , retraitées. Grâce à notre statut , nous offrons un terrain de stage , par un dispositif qui a su s’adapter par nécessité à la mise en place des services à la personne . Cette adaptation nous permet de remplir notre rôle de référent aidant  et d’éviter que les personnes âgées ne  soient isolées et délaissées avant de mourir .  

Aujourd’hui , j’ai décidé après une longue concertation au sein de la notabilité des amis , d’être candidat aux élections municipales de 2020 sans étiquette politique . J’ai l’honneur de conduire la liste  » KOGNO MOJA » de Pamandzi. Ma candidature est faite de cœur, de convictions et d’enthousiasme.

  • Coeur pour l’éducation que j’ai reçue qui  m’a inculqué les valeurs de générosité , de respect et d’unité .  
  • Convictions pour les idées que je porte , que je veux transmettre aux jeunes générations
  • Enthousiasme pour ma commune, pour son potentiel, et pour tout ce que nous pouvons lui apporter.

Ma petite histoire . 

ABDOU RAZAK Soyfoudine 

 

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